dimanche, 15 novembre 2009
Bigeard raconte Dien Bien Phu
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lundi, 09 novembre 2009
Bigeard dit tout ce qu’il pense
“Mon dernier round” démontre que l’ancien secrétaire d’État à la Défense de Giscard a gardé une bonne droite. À 93 ans, il remonte à l’assaut dans cet entretien coup de poing.
Au coeur de cette Lorraine où il est né « il y a quatre-vingt-treize ans et neuf mois », comme il s’amuse à le préciser, le général Marcel Bigeard – l’officier le plus décoré de France – nous ouvre ses portes, à Toul, dans cette maison de style colonial transformée en petit musée de ses différentes campagnes au cours desquelles il fut blessé cinq fois au combat : les maquis de l’Ardèche contre l’occupant nazi, Diên Biên Phu (où il fut parachuté deux fois, en 1953 et en 1954) contre les communistes vietnamiens, l’Algérie, la casbah d’Alger et Timimoun contre le FLN algérien… Malgré les ans et « pas mal d’arthrose »,“Bruno” (son indicatif radio) remonte à l’assaut dans Mon dernier round. Pour dire haut et fort ce qu’il pense.
L’ancien secrétaire d’État à la Défense de Giscard (1975-1976) passe en revue l’actualité internationale, qu’il suit toujours au jour le jour. Il nous parle de cette France qui, dit-il, lui « fait mal » et « tourne en rond », jusqu’à déboussoler tant de nos compatriotes. « Tous les jours, confie-t-il, je me fais ma revue de presse et je me mets dans la peau de Sarko. Je me bats moralement. Si je m’arrête, je meurs. Alors, je continue… »
Auteur d’une quinzaine de livres à succès (de Ma guerre d’Algérie à Pour une parcelle de gloire, en passant par De la brousse à la jungle), Bigeard avait livré en 2006 son testament politique, dans Adieu ma France. Trois ans après, celui qui s’est défini comme « le dernier des cons glorieux » remet ça. Sur l’Afghanistan et le terrorisme, l’Algérie et la colonisation, Nicolas Sarkozy et «notre beau pays qui va à vau-l’eau », cette légende vivante des troupes aéroportées et des combats héroïques d’Indochine et d’Algérie nous livre ses réflexions sur le ton direct qu’on lui connaît, qui explique son charisme auprès de plusieurs générations de soldats.
Vous suivez la guerre d’Afghanistan. La guerre contre les talibans vous semble-t- elle perdue ? Peut-être ! Pour l’Afghanistan, le président Barack Obama a cependant pris la bonne décision dès le début de son mandat en disant à l’Amérique : on reste. Mais il faut à l’évidence envoyer plus de troupes, car cette guerre se gagnera sur le renseignement, en jouant de l’effet de surprise. Le général David Petraeus, qui dit lui-même copier la “contre-insurrection” de Bigeard en Algérie, est un type bien, mais il lui faut un bon outil, plus d’hommes et de moyens pour l’emporter.
Lesquels ? Il faut des troupes très mobiles, héliportées sur un point où elles attaquent et qui, dès le lendemain,sont ailleurs… Il faut sans cesse savoir surprendre l’ennemi et ne jamais se laisser surprendre. Sur le terrain, j’ai joué au poker et pris des risques toute ma vie, alors que nos militaires aujourd’hui n’osent pas.
Les Français doivent-ils, eux aussi, envoyer des renforts ? C’est un choix.Si on abandonne aujourd’hui l’Afghanistan aux talibans,o n ouvre complètement la porte à ce monde subversif qui va se glorifier d’avoir battu le monde libre, et ça va continuer et péter de partout…
Pourquoi ? Le grand danger aujourd’hui n’est plus la Russie, c’est le terrorisme islamique, qui prend souche un peu partout dans le monde.Que cela plaise ou non, il faut considérer que nous sommes en guerre contre le terrorisme islamique : il ne se passe plus un jour sans qu’un attentat tue des populations civiles. En France aussi, nous devons prendre conscience de cela autour de nous. Si on n’envoie pas de troupes supplémentaires, on va s’enliser – cela en prend déjà le chemin –, mais si l’on envoie des renforts, il faut des hommes qui y croient,qui en veulent et des chefs qui les fassent vibrer.
Comme… Bigeard en Algérie ? Exactement. En Algérie, mes 1000 hommes en valaient 10 000 ! J’avais 1 000 “Bigeard’s boys”prêts à se faire trouer la peau. Chez nous, c’était «Tous pour un, un pour tous ! » Ils étaient prêts à me suivre jusqu’au bout, car tous se disaient: avec lui, on a confiance; si on se fait tuer, ce ne sera pas de sa faute, mais de la nôtre. Bigeard vivait pour ses hommes. Ce n’était pas seulement «Allez les petits gars, en avant! » Bigeard pensait avant de passer à l’attaque. Voyez mon manuel de contre-guérilla, écrit en 1956,pour remonter les filières de poseurs de bombes en Algérie.
Comment voyez-vous nos relations actuelles avec l’Algérie ? Tout est possible aujourd’hui, mais c’est une question de patrons, de chefs, d’un côté comme de l’autre. C’est pourquoi une réconciliation entre la France et l’Algérie ne se fera pas avec un homme comme Bouteflika, sa haine antifrançaise et toutes ses conneries de repentance. Sur ce point,je suis d’accord avec Nicolas Sarkozy : il y en a assez de la repentance ! S’ils vivent comme ça aujourd’hui, c’est qu’il y a eu la colonisation et celle-ci n’a pas eu que de mauvais côtés. Il faudrait des gens de qualité qui disent que la France et l’Algérie ne doivent plus être ennemies mais amies, car elles ont aujourd’hui besoin l’une de l’autre.
Vous écrivez: “Après Chirac, il était temps que nous changions de politique africaine…” Pourquoi ? C’est vrai,mais ce n’est pas facile aujourd’hui de faire autrement. Sarkozy s’en rend compte et prône la rupture. La France n’a pas vraiment de grandes positions politiques à l’égard de l’Afrique, qui est de plus en plus minée par l’islamisme radical. Pour parler aux Africains et changer vraiment nos relations, il faudrait d’abord une France respectée et ce n’est pas le cas.Qu’a fait Chirac pour la France, au cours de ses deux mandats ?
Et Nicolas Sarkozy ? Il a au moins le culot de dire qu’il faut que les choses changent. Il essaie de faire ce qu’il peut. Sarkozy aura du mal, mais je souhaite qu’il réussisse. Son combat, c’est le nôtre. L’état de la France me fait mal et me désole. Regardez, par exemple, toutes ces bandes et ces trafics en Seine-Saint-Denis,le département le plus dur. C’est grave ! Remettons d’abord de l’ordre chez nous, dans nos banlieues, de manière vigoureuse et énergique. Que ces petits voyous qui se réunissent à quinze ou vingt aient peur et comprennent qu’en étant dur avec eux, on travaille pour eux et leur avenir. L’urgence, c’est de retrouver nos valeurs et un idéal,c’est de redonner confiance aux Français.
Vous dites “que le terminus se rapproche”… Votre “dernier round” est-il votre combat contre la mort ? C’est le seul combat perdu d’avance. La mort, que j’ai tant de fois côtoyée, je la regarde aujourd’hui dans les yeux. Cela ne m’effraie pas. Je lutte pour me maintenir en forme jusqu’au bout. J’ai encore toute ma tête et j’ai Gaby, mon épouse que je connais depuis soixante-quinze ans, toujours auprès de moi. Ma vie, c’était la France et mes hommes, la famille passait après, Gaby le savait.Aujourd’hui, je reçois une centaine de lettres par jour et je m’efforce de répondre à chacun. Les 35 heures, je ne connais pas !
Votre santé ? J’ai bien sûr un peu d’arthrose, mais j’ai fait des années de boxe et j’ai encore une bonne droite. Si j’en mets une à un gars, il sera KO, je vous le promets.La France est un grand pays et peut le redevenir. Je le souhaite de tout coeur. À 93 ans, j’y crois encore. L’amour de la France me fera vibrer jusqu’à mon dernier souffle. C’est pourquoi,je crie : «France, réveille-toi ! » C’est urgent.
Mon dernier round, du général Marcel Bigeard, éditions du Rocher, 274 pages, 19€.
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samedi, 07 novembre 2009
Bigeard sur facebook !!!

Non ce n'est pas le général en personne, mais sa page de fan. Si vous êtes sur facebook voici le lien pour lui marquer votre reconnaissance.
http://www.facebook.com/photo.php?pid=9435325&id=901230262#/pages/General-Marcel-Bigeard/122378185514?v=info&ref=mf
09:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 06 novembre 2009
Bigeard, l'éternel combattant
Bigeard, l'éternel combattant

Le général Bigeard (chez lui à Toul, la semaine dernière) tient à sa réputation de trublion au franc-parler : «Aujourd'hui encore, ça emmerde le pouvoir d'avoir un Bigeard vivant.» Crédits photo : Le Figaro
Héros des guerres d'Indochine et d'Algérie, le général Marcel Bigeard vient de sortir, à 93 ans, son seizième livre (1).
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«Je n'aurais jamais pensé que je pourrais finir comme ça… Comme un vieux con infirme…» A 93 ans, le héros des guerres d'Indochine et d'Algérie, général le plus décoré de France, parachuté sur Diên Biên Phu, cinq fois blessé et trois fois évadé, ne peut plus se déplacer sans sa «2 CV» , le fauteuil roulant posé à la gauche de son bureau. Pour ce type d'une grande bravoure, doté d'un physique et d'une énergie hors du commun, pour cette force de la nature qui, une fois à la retraite, faisait ouvrir la piscine municipale pour nager à l'aube, c'est un calvaire de ne plus pouvoir dévaler l'escalier de bois de sa maison de Toul, son village natal, en Lorraine.
«Être et durer.» Il se lève chaque jour pour honorer cette devise. Combattre pour gagner cette dernière bataille, la plus difficile de toutes, contre la vieillesse. «Jamais je n'abandonne, et je me battrai jusqu'à mon dernier souffle» , prévient-il. Parfois, il tombe. Mais ne se casse jamais. «Je mets toujours mes bras le long du corps et je me laisse glisser. Un vieux réflexe de para.» Si les jambes ne suivent plus, l'esprit et la verve du général tiennent encore tête à la vieillesse. En 2006, Adieu ma France devait être son dernier livre, une sorte de testament… Mais comme s'il n'arrivait pas à tirer sa révérence, il vient d'en écrire un nouveau, Mon dernier round. Car «ce vieux connard de Bigeard» a encore besoin de parler,de râler, de pousser ses légendaires «coups de gueule» . Et Dieu sait que de la Seconde Guerre mondiale à l'Afrique en passant par l'Indochine et l'Algérie - «trente ans de sauts en parachute, dont vingt ans dans la guerre» - ils furent nombreux. Sa réputation de trublion au franc-parler, il y tient comme à la prunelle de ses yeux. «Aujourd'hui encore, ça emmerde le pouvoir d'avoir un Bigeard vivant» , dit-il fièrement.
Avec l'âge, le «con glorieux» né en 1916 - l'année de la bataille de Verdun - employé de banque à 14 ans, soldat sorti du rang devenu général, homme d'action qui fut aussi député et secrétaire d'État, aime toujours tenir le premier rôle. Il parle volontiers de lui à la troisième personne, fait visiter le «bureau d'en bas» , sorte de musée Bigeard où sont exposés des bustes à son effigie, des plaques de rue à son nom et des photos. Y compris celle du 14 juillet 1956 «lorsque j'ai défilé, en tête, sur les Champs-Élysées, avec 150 000 Parisiens qui applaudissaient frénétiquement Bigeard» . Il sait que certains songent pour lui à des funérailles nationales et il aime ça, même s'il s'en défend. Jamais il ne se lasse de lire à haute voix quelques-unes des milliers de lettres qu'il reçoit chaque année et qu'il range avec soin dans des classeurs, entre une corne d'éléphant et les seize livres écrits par lui. Quand on lui demande s'il a été marqué par de grands militaires, il hésite, fait la moue. «C'est Bigeard le plus connu ! Vous savez, à 20 ans, j'étais antimilitariste. D'une certaine manière, je le suis resté. Dans l'armée, peu de gens m'ont impressionné. Sauf des sans-grade, car il y a souvent des grands types chez les petits.»
« Barack Obama me plaît»
Si le précédent livre évoquait surtout cette France dans laquelle il ne se reconnaît plus, Mon dernier round traverse au galop les grandes crises internationales. De l'Irak à l'Afghanistan en passant par le Pakistan et l'Iran, le général donne son avis sur tout. Homme d'action surtout, il n'a jamais été un grand théoricien, mais a toujours dit ce qu'il pensait. Dépliant les organigrammes tracés à l'encre noire, destinés à démanteler les réseaux des fellagas algériens, il assure fièrement : «Les méthodes de contre-insurrection employées aujourd'hui par (le général américain) Petraeus, elles viennent de Bigeard. J'étais pas en retard… Je pensais déjà que la meilleure façon de vaincre les résistants n'était pas de leur couper les couilles mais d'essayer de les connaître grâce au renseignement et aux méthodes de police. C'est comme ça qu'on a gagné la guerre militairement.» En Algérie, la guerre de contre-rébellion s'accompagnait volontiers de la torture, mais de cela, Bigeard n'aime pas parler. Il préfère s'interroger sur les chances de succès de la contre-insurrection en Afghanistan. «Petraeus, c'est un chef américain qui a du pétrole. Mais un outil de contre-guérilla, ça ne se prépare pas en cinq minutes.» Les différences entre l'Algérie et l'Afghanistan lui sautent aux yeux : «En Algérie, on pouvait se déplacer partout. En Afghanistan, les talibans dominent le pays. La rébellion afghane est plus dure, le pays plus hostile. L'armée française n'a pas les mêmes moyens qu'avant. Petraeus a lu Bigeard, mais il n'a pas assez d'hommes pour nettoyer le pays…»
La guerre a-t-elle changé ? «Aujourd'hui, la France a du mal à supporter de perdre des hommes. À Diên Biên Phu, on avait 40 morts par jour. Moi, je pense que si on ne supporte pas les conséquences de la guerre, mieux vaut ne pas la faire.» S'il n'a pas de modèle militaire, Bigeard a des coups de cœur politiques. Il est épaté par Obama. On s'attendait à ce qu'il le trouve trop mou, mais non. «Ce gars-là me plaît. Il est beau et noir. Il a une vie de famille solide. C'est un homme qui défend la liberté. Il a les moyens de rester dans l'histoire.»
C'est la France qui clôt ce dernier livre. Il l'avait déjà écrit dans son précédent ouvrage : Bigeard est déçu par son pays. «On donne des leçons à tout le monde, mais on est incapables de retrouver nos valeurs. Comment un pays peut-il aller de l'avant, se relever, avec toutes ces salades politiques ?» Parce qu'il est urgent, dit-il, de s'unir face au danger, il appelle de ses vœux une sorte de «front populaire» et prévient qu'il faudra pour s'en sortir «de la sueur et du sang» . «Je vais casser ma pipe et je ne serai pas mécontent. Car j'ai trop aimé la France pour accepter ce qu'elle est devenue.» Il avait déjà dit ça la dernière fois. Et puis il avait encore écrit un livre…
(1) «Mon dernier round » . Marcel Bigeard. Éditions du Rocher. 271 pages. 19 euros.
09:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le figaro presse article livre



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